Au Yémen : « Si on veut le même scénario qu’en Syrie et en Irak, on en prend la route »

C’est du moins ce qu’affirme Hassan Boucenine, Chef de mission au Yémen pour Médecins sans frontières (MSF). Dans un article publié par Le Monde, celui-ci dénonce la situation humanitaire alarmante à laquelle les habitants de ce petit pays de la péninsule arabique font face depuis le début de la guerre. 

Le conflit yéménite oppose le président en exil Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu depuis mars 2015 par une coalition militaire menée par l’Arabie Saoudite, aux rebelles chiites Houthis, auxquels se sont alliées les milices fidèles à l’ancien président Ali Abdallah Saleh. Depuis le début des bombardements menés par la coalition, l’ONU estime qu’il y aurait eu plus de 10 000 victimes, alors que ce chiffre pourrait être revu à la hausse en considérant l’incertitude des renseignements.

Nonobstant l’augmentation substantielle des pertes directement liées aux conséquences des combats armés, c’est la condition humanitaire critique, sévissant à travers tout le pays, qui pourrait faire encore beaucoup plus de victimes. Le Yémen, qui est un des pays les plus pauvres du Moyen-Orient, s’engouffre dans une crise humanitaire sans précédent, particulièrement depuis le début des frappes de la coalition militaire menée par l’Arabie Saoudite. Actuellement, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 21,2 millions de yéménites ont besoin d’une quelconque assistance humanitaire, alors que 14,1 millions d’entre eux souffrent d’insécurité alimentaire. Avec une population de presque 28 millions d’habitants, ces données précédentes semblent encore plus consternantes. Depuis le début de l’intervention de la coalition menée par Riyad, la majorité des ports yéménites sont sous blocus maritime. Pour un État qui importe jusqu’à 90% de sa nourriture – et pratiquement autant pour l’eau potable et l’énergie – il semble facile d’affirmer que cela représente une variable qui amplifie considérablement la crise humanitaire déjà existante.

En ajout à ce désastre alimentaire, les infrastructures étatiques de santé sont pratiquement inexistantes depuis mars 2015. En effet, selon Boucenine, « la plupart des hôpitaux ont fermé, et dans ceux qui sont encore ouverts, les médicaments ne sont pas disponibles, ou très peu. Il y a des pans entiers de services qui ne fonctionnent plus ». À l’évidence, cette situation est exacerbée par la fermeture des principaux ports du pays, ce qui ralentit considérablement l’acheminement des médicaments et autres articles essentiels au fonctionnement du système de santé publique. De plus, de nombreux établissements de santé ont été la proie des bombardements de la coalition, dont un hôpital de MSF, qui a été totalement détruit en octobre 2015. Cet incident, qui pourrait vraisemblablement constituer un crime de guerre, s’ajoute à d’autres bombardements illicites, qui visent notamment des sites économiques civils, dont des usines, des entrepôts et des centrales électriques. Sans contredit, ces frappes aériennes contribuent à l’intensification de la crise humanitaire connue au Yémen.

En somme, le conflit yéménite représente une menace à la sécurité internationale et déstabilise fortement la région de la péninsule arabique et de la corne de l’Afrique. Selon le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), en date de février 2016, il y avait plus de 267 000 réfugiés yéménites enregistrés à l’étranger depuis mars 2015 et plus de 2,75 millions de personnes déplacées à l’interne. Ces civils qui fuient la guerre, la destruction et la pauvreté se rendent majoritairement dans le nord de la Somalie, dans des camps de réfugiés qui sont déjà surpeuplés. Compte tenu de la situation précaire de la Somalie, on peut considérer que l’arrivée de dizaines de milliers de réfugiés – voire des centaines de milliers – complique énormément des problèmes déjà existants. De plus, des dizaines de milliers de réfugiés se sont aussi rendus dans le plus petit pays de la corne de l’Afrique, soit le Djibouti. Par conséquent, comme l’indique Hassan Boucenine, l’inaction pourrait rapidement nous mener vers un scénario autant, sinon pire qu’en Syrie et en Irak.

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