Le président turc s’éloigne de ses alliés occidentaux

Dans le cadre de tensions diplomatiques grandissantes entre la Turquie et l’Europe, le président turc Erdogan a lancé des menaces en affirmant que « si vous [Européens et Occidentaux] continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun Occidental ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité, dans la rue, nulle part dans le monde ». Le dirigeant turc a aussi déclaré que certains dirigeants européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel, recouraient à des « pratiques nazies ».

Ces déclarations surviennent à la suite d’interdictions imposées envers des ministres turcs, en Allemagne et au Pays-Bas, les empêchant de prononcer des discours pro-Erdogan qui visaient à promouvoir, auprès de la diaspora turque, la position du oui pour le référendum turc qui cherche à renforcer les pouvoirs d’Erdogan. Ce référendum, qui est attendu le 16 avril prochain, illustre à nouveau le fait que le président turc s’éloigne de la démocratie et de l’Union européenne (UE). D’ailleurs, celui qui était récemment perçu comme un exemple de démocrate dans le monde islamique a visiblement enclenché un brusque retour vers l’autoritarisme, particulièrement depuis la tentative ratée de coup d’État en juillet 2016, à la suite de laquelle des dizaines de milliers d’employés de l’État (militaires, policiers, fonctionnaires, juges, etc.) ont été arrêtés.
Ce renouvellement de tensions laisse planer un doute sur l’avenir des relations entre la Turquie et l’Europe, mais aussi plus généralement en ce qui concerne les liens entre la Turquie et l’Occident. Rappelons qu’en mars 2016, la Turquie a signé un accord controversé avec les 28 pays de l’UE, selon lequel Ankara allait reprendre les migrants qui essayent de fuir vers l’Europe, en échange d’une aide financière d’une valeur de 3 milliards d’euros. Depuis, Ankara utilise la signature de cet accord comme un levier politique pour proférer certaines menaces à l’encontre de l’Europe. En plus de cette coopération sur le plan de la crise migratoire en Europe, la Turquie est aussi un partenaire important de l’Occident en termes de défense et de sécurité, puisqu’elle est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) depuis 1952. Décidément, les dernières menaces articulées par le président Erdogan à l’encontre de l’Europe et de l’Occident risquent de déplaire aux alliés de l’OTAN, d’autant plus que l’on peut déjà considérer que l’intervention turque en Syrie semble parfois contradictoire aux objectifs de la coalition internationale menée par les États-Unis. En effet, Ankara s’oppose fortement aux Unités de protection du peuple (YPG), principales forces armées kurdes en Syrie, tandis qu’elles représentent un allié important pour Washington.
Malgré tout, le président turc a affirmé qu’après son référendum du 16 avril, il serait possible qu’Ankara tienne un deuxième référendum sur les négociations de l’accession à l’UE, débutées en 2005. Ces négociations avancent très lentement, notamment en raison des préoccupations européennes concernant les droits humains, la liberté de presse et la question chypriote. Sans aucun doute, ces derniers événements, combinés à la dérive autoritaire d’Erdogan, entacheront encore plus la position d’Ankara au sein des négociations d’accession à l’UE. D’ailleurs, plusieurs députés européens se montrent déjà de plus en plus réfractaires à la poursuite de celles-ci.

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